42… Ou « un marathon dans un train d’enfer! »

1er septembre 2015, Zhangye (Chine), 8103kms

Apres un petit detour au camp de base du pic Lenine (7134m) dans le sud du Kirghizstan, nous avons franchi la frontiere le 24 aout. Ca y est, nous sommes en Chine! Un peu plus de 8000kms parcourus depuis le Champsaur pour rejoindre Kashgar, ville mythique de la Route de la Soie, a l’ouest du pays. Apres deux jours de repos, notre objectif etait de rejoindre en train le centre de la Chine, pour eviter de traverser a velo plusieurs milliers de kilometres de desert et reprendre nos montures en direction des plateaux tibetains du Qinghai et du Sichuan. Et c’est la que les choses se compliquent… Recit en 7 actes!

Acte 1 : Foire d’empoigne dans les gares

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En cette fin d’ete, la rentree approchant, les transports en commun chinois sont bondes. Nous allons l’apprendre a nos depens. Apres une tentative avortee d’achat de billets de train sur internet, faute de places disponibles, nous tentons notre chance a la gare routiere. 3h dans une file d’attente anarchique, et nous voila bredouille et un peu depites. Les bus sont complets! Soit, nous prenons la direction la gare ferroviaire, on ne sait jamais, peut-etre serons nous plus chanceux que sur le net… Et c’est reparti pour une premiere queue pour entrer dans l’enceinte de la gare (30min), puis une seconde pour acceder au guichet. 2h d’attente plus tard, nous voila fatigues mais enfin avec des billets en main! Un premier pour un trajet de 22h mais sans place assise, c’est a dire une sorte de billet 3eme classe, seulement utilisee par les populations les plus pauvres du pays. Pour notre deuxieme trajet, de 16h, nous avons obtenu des places couchettes, equivalentes aux billets de deuxieme classe en France. Avant de rejoindre notre auberge, nous deposons nos velos aupres d’une agence de transport chargee de les acheminer vers notre destination finale. Pour eux, aucun probleme, nous les recupererons en pleine forme et a bon port!

Acte 2 : Entree dans la betaillere

28 aout. Apres une heure d’attente pour franchir les portiques de securite a l’entree de la gare de Kashgar, nous voila dans une nouvelle bousculade pour acceder au quai. Tout le monde se precipite, bagages en main, et court le plus vite possible vers les wagons dans l’espoir de trouver la moins pire des places.
Pour nous, ce sera un petit recoin entre deux wagons, juste derriere les WC… Ca s’annonce bien! Petit a petit, cet espace se remplit. 35 degres, 12 personnes dans 4 m2, vive la promiscuite…

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Acte 3 : Chaleur humaine dans le train 7558

28 aout , 16h27, le train se met en branle. Les premieres heures defilent. Au debut, on rigole, l’ambiance est bonne, malgre les premieres odeurs d’urine, de sueur, de cigarette (pas de chance, notre petit coin est aussi l’espace fumeur du wagon!).
Au fil de la soiree, chacun essaie de se caler dans un petit espace, ceux qui ont des places assises sur les banquettes dures tout comme ceux qui n’en ont pas. Certains se couchent a meme le sol, d’autres restent debout ou accroupis, d’autres encore ont amene avec eux un mini siege qu’ils posent de-ci de-la. De notre cote, un sac plastique et un morceau de drap nous serviront d’hotel pour la nuit. Celle-ci est pour le moins chaotique, entre position inconfortable, fumee de cigarettes, cris des controleurs lorsqu’ils enjambent les dormeurs.

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Acte 4 : Tempete dans le desert

Malheureusement, vers 10h du matin, alors que l’on croit tenir le bon bout, le train s’arrete en raison d’un vent trop violent. Et le cauchemar commence… Interdiction de descendre du train, aucune information sur la suite du voyage. Les dechets et les corps continuent de s’amonceler, les odeurs empirent. Chaque passage du vendeur ambulant est une nouvelle epreuve dans la cohue, pour pouvoir acheter un peu d’eau et de nourriture. Malgre tout, l’ambiance reste conviviale, entre jeux de cartes, guitare et discussions animees.

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Vers 14h, soulagement! Le train repart, et l’on espere pouvoir attraper notre second train, a 18h. Mais l’on apprend assez vite que ce sera impossible. Dans l’apres-midi, Helene, qui parle chinois, part en quete d’information. Le defi : traverser 11 wagons bondes, enjamber les voyageurs assoupis, slalomer entre les bagages et faire de nouveau 30 minutes de queue au milieu de tout ca, pour finalement n’obtenir aucune information precise de la part des controleurs, si ce n’est qu’il nous faudra trouver d’autres billets pour la deuxieme partie du voyage.

Acte 5 : Deuxieme nuit en enfer

18h, le train s’arrete a nouveau. Au vu du vent qui souffle tempetueusement dehors, nous n’avons plus l’espoir d’arriver a destination dans la soiree. On s’installe donc comme on peut, dans notre recoin, pour y passer une seconde nuit. Nos saccoches de velo nous servent d’oreillers, et un reste du Monde diplomatique fait office de tapis de sol.
Etonnement, malgre la chaleur et l’inconfort total, tout le monde reste assez impacible, comme resigne, dans ce qui nous semble devenir une sorte de bidonville sur rail. Par terre, sous les banquettes, sur les poubelles debordantes, sur un coin de l’unique lavabo du wagon, qui laisse fuir une eau saumatre, les femmes, les enfants, les personnes agees cherchent le sommeil.

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Acte 6 : Nouvelle lutte a la gare de Turpan

La fatigue aidant, nous parvenons a dormir quelques heures. Puis, au soulagement de tous nos compagnons de galere, le train reprend enfin la marche vers 8h du matin! Deux heures plus tard, nous arrivons en gare de Turpan, notre destination, apres 42h de voyage dans un « wagon a bestiaux »…
Et de nouveau, c’est la lutte pour pouvoir poursuivre le voyage : il nous faut trouver de nouveaux billets pour Zhangye, notre terminus! A la descente du train, on se precipite vers les guichets. Pour y acceder, c’est encore deux nouveaux controles des bagages et des passeports, avec files d’attente bien sur… Mais une fois arrives dans l’espace de vente des billets, la cohue est totale. Les policiers hurlent pour essayer de cadrer les files d’attente, mais sans succes. Tout le monde est a cran, les gens se bousculent, se pressent, se compriment a n’en plus pouvoir respirer. Grace a notre statut privilegie d’etrangers dans le pays, nous parvenons a echanger nos billets apres seulement 1h30 de folie. Pour d’autres, l’attente sera deux ou trois fois plus longue…

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Acte 7 : Un autre train est possible…

30 aout, 18h13, le train K1584 quitte le quai. Installes au calme et au frais dans notre wagon-lits climatise, on respire et on apprecie le confort de la seconde classe. Par chance, malgre les 20h de retard de notre premier train, nous avons pu obtenir deux billets couchettes pour le second voyage.

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Mais on pense a tous ceux qui sont dans les wagons 3eme classe a l’arriere du train… Alors que la Chine se targue de disposer de l’un des reseaux ferroviaires les plus developpes au monde, nous avons teste l’envers du decor, en partageant, durant quelques dizaines d’heures, le sort des moins nantis.

helene

21 commentaires

  1. Merci pour les photos reçues sur le mail.J’espère que vous vous posez un peu afin de détendre vos mollets!!!!Bonne continuation et à bientôt de vos nouvelles.Bisous à tous deux. Marinette

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