La « guerre secrète » du Laos

20 janvier 2016, Nong Khiaw (Laos), 15 517kms

Au moment de quitter le Laos et d’entrer au Vietnam pour une dizaine de jours, l’histoire nous rattrape, sur la route de Dien Bien Phu. Une region ravagee par des conflits armes au cours du siecle dernier : guerre d’Indochine et guerre du Vietnam sont dans toutes les memoires, mais qui a entendu parler de la « guerre secrete » du Laos?

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Petit détour par l’histoire

Resume de cette histoire sombre (priere aux historiens d’etre indulgents!). Apres l’independance du Laos, ancienne colonie francaise, en 1953, le pays cherche sa voie politique, entre communistes et royalistes. Puis, au debut des annees 1960, sur fond de guerre froide, le conflit arme au Vietnam voisin destabilise encore davantage le Laos. Malgre les accords de Geneve de juillet 1962, qui garantissent la neutralite du pays et y interdisent toute presence militaire etrangere, le territoire laotien constitue un enjeu geopolitique trop important pour que le pays reste a l’ecart du conflit. Les Nord-vietnamiens veulent l’utiliser pour acheminer hommes et armement vers le sud par la piste Ho Chi Minh, tandis que les Americains cherchent a contenir la progression de ces derniers. La coalition a la tete du Laos vole en eclat, trois factions s’affrontant dans le pays : neutralistes, communistes et royalistes.

Le Laos devient le theatre d’une guerre par procuration. Malgre la politique officielle de neutralite, les Etats-Unis financent les royalistes, entrainent et approvisionnent leur armee, cherchant a conserver leur influence dans la region. Le conflit s’eternise. 1962-1974, douze ans de guerilla entre cette « armee secrete » et les forces regulieres nord-vietnamiennes installees dans le nord-est du Laos. Cette operation n’est revelee a la population americaine qu’en 1970, d’ou le nom de « guerre secrete ».

Le cessez-le-feu signe en 1973 au Vietnam annonce la fin de la guerre du Laos. Un nouveau gouvernement de coalition est forme, tandis que « l’armee secrete » est dissoute. Mais l’instabilite politique profite au parti communiste, le Pathet Lao, qui prend le pouvoir en 1975 et le conserve depuis.

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Un pays ravagé

Durant cette periode, une pluie de bombes ravage le Laos. Les Etats-Unis bombardent les positions communistes dans le nord du pays, puis ils etendent leur pillonage sur une large partie du territoire sans discerner entre populations civiles et cibles militaires. Selon les chiffres officiels, entre 1964 et 1974, le Laos devient le pays le plus bombardé de l’histoire, si l’on rapporte les bombardements au nombre d’habitants : pendant 10 ans, le pays subit une mission de bombardement toutes les 7 minutes (soit plus de 2 millions de tonnes de bombes, pour 7,2 milliards de dollars, rien que ca…). Le conflit aurait fait 350 000 morts dans le pays (un dixième de la population) et autant de réfugiés. Une large partie des populations des villages du nord se refugient pendant plusieurs annees dans des grottes, qui sont elles-memes pillonees.

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Des victimes post-conflit

Une detonation retentit. Madame Hang, alors qu’elle cuisine sur le foyer dispose a meme le sol de sa maison, vient d’etre victime de l’explosion d’un « UXO » enfoui sous quelques centimetres de terre.

Ces engins explosifs non desamorces (« unexploded ordonance » – UXO), laches sur le pays pendant la guerre, continuent de faire des ravages parmi la population. 30% des bombes a sous-munitions deversees sur le Laos sont encore suceptibles d’exploser, comme celle qui a touche la famille Hang. Le conflit en Asie du sud-est a ete un traumatisme terrible pour cette region du globe mais, pire encore, quarante ans plus tard, les horreurs de la guerre perdurent. Aujourd’hui, ils blessent ou tuent en moyenne une personne par jour dans la province du Xieng Khuang au nord-est du pays, dont 40% sont des enfants. D’apres l’organisation chargee du deminage (UXOLAO), le sol laotien recelerait encore 10 millions de « bombies » (petites bombes), un danger permanent pour la population locale, et il faudrait 150 ans pour nettoyer le pays au rythme actuel. Ces UXO auraient fait 20000 victimes depuis la fin du conflit arme en 1973.

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L’histoire de la famille Hang, c’est au centre d’information COPE (Cooperative Orthotic and Prosthetic Enterprise) de Vientiane que nous l’avons decouverte. De nombreux temoignages y racontent les drames vecus par des paysans travaillant dans les rizieres, des ouvriers du batiment ou des enfants ramassant malencontreusement des engins explosifs… Le danger est permanent dans ces villages pauvres ou les habitants sont tentes de reutiliser les carcasses des bombes pour d’autres usages (jardinieres, mangeoires, ustensiles de cuisine et autres objets…) ou simplement pour revendre l’acier.

Des campagnes de prevention sont menees par les equipes de UXOLAO aupres des populations, et surtout des enfants, afin de reduire les risques. Mais pour beaucoup, il est deja trop tard. L’organisation COPE travaille a l’appareillage et a la reeducation des victimes, tout en sensibilisant les visiteurs au sein du centre d’information, ce qui permet un apport de dons pour cette organisation qui offre un acces gratuit aux soins pour toutes les victimes. Pour plus d’infos : http://www.copelaos.org/index.php

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Le Laos n’est malheureusement pas le seul pays touche par ce fleau (Iraq, Yemen, Kosovo, Afghanistan…). 118 pays ont signe la convention de 2008 pour l’eradication des armes a sous-munitions et des mines anti-personnelles. Mais il reste encore beaucoup a faire puisque les plus grandes puissances mondiales (Etats-Unis, Chine, Russie entre autres) ne figurent pas encore parmi les signataires. Et, pendant ce temps, la France cherche a vendre ses avions de guerre a l’Inde…

Plus d’infos sur http://www.stopclustermunitions.org/en-gb/home.aspx

 

Bien sur, le Laos est riche d’autres visages et d’autres paysages, a retrouver dans la galerie photos!

helene

5 commentaires

  1. Guerre secrète en effet dont je n ‘avais jamais entendu parler sauf pour toutes ces victimes des bombes et des mines ,je fais un lien entre tous ces gens et Caroline ,victime elle aussi de comportement inqualifiable ,garder l ‘espoir d ‘un monde moins cruel n ‘est pas facile……Je vous envoie toutes mes affectueuses pensée et mes voeux pour une bonne fin de cette expédition ,je vous embrasse Mamy

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  2. HEllo,
    Bon votre récit me laisse rêveur, et cela me rappelle que j’ai eu un groupe il y a deux hiver d’un comité d’entreprise de chez Matra qui fabriquait des missiles et autre mines anti-personnel,peut être celle du laos.
    Je leur ai demandé si cela leur causé pas un problème….? la gène mais pas de remise en question » il faut bien gagner sa vie. »
    Alors faite attention , pas de jardinage dans le coin.
    Bisous bisous
    gillou

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  3. Coucou,vous deux!!!Voilà une bonne leçon d’histoire sur le Laos.Que de pays ravagés par les guerres!!!

    Je vous souhaite une bonne poursuite de votre voyage et j’attends les photos du Vietnam……..

    Bises à vous deux et restez vigilants!!!

    Marinette

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  4. Avec les nems, la chandeleur est assurée,
    Vous n’serez pas dépaysés !
    Creusez, fouillez, cherchez,
    une pièce d’or vous trouverez
    avec les crêpes à faire sauter,
    pour finalement, vous régaler !
    Bon appétit !

    et bises de Papy et Mamie Béguin

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  5. ecole Jules Ferry

    Bonjour Hélène et Stéphane

    Nous espérons que vous allez bien. Votre nouvel article sur les conséquences et les ravages de la guerre nous a particulièrement plu. 150 ans encore pour déminer un pays : c’est sidérant!
    Nous avons encore été émerveillé par galeries photos sur le Laos.
    Nous tous nous souhaitons un monde paix pour 2016.

    Naomi,Lina, Gemima, Mohamadou et tous, nous vous souhaitons une bonne traversée du Vietnam 🙂

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