Le soleil a changé de côté

14 janvier 2016, Luang Prabang (Laos), 15 342kms

Le matin, quand nous quittons le bivouac, le soleil est desormais sur notre droite. Arrives au sud du Cambodge, nous avons atteint notre « point de demi-tour » et avons repris la route vers le nord. Remontant le Mekong, nous avons continue a suivre le fil de l’eau, mais cette fois a contre-sens. Sur le chemin du retour, c’est l’occasion pour nous de vous parler des coulisses d’un voyage au long cours qui se veut le plus sobre possible, un defi finalement plus difficile a realiser que les 15000kms parcourus jusqu’ici a velo!

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Au quotidien, pas toujours facile d’etre en phase avec nos idees. Premiere difficulte : se ravitailler. Que ce soit dans les pays secs, comme l’Iran ou l’Ouzbekistan, ou dans les zones  humides de l’Asie du sud est, trouver de l’eau n’est quasiment jamais un probleme. En revanche, trouver de l’eau potable (pour eviter les touristas!) s’avere parfois plus complique… Nous pourrions utiliser des tablettes de purification ou filtrer de l’eau, nous direz-vous! La premiere option semble peu realiste au quotidien a l’echelle d’une annee, et de plus mauvaise pour la sante. La seconde solution, nous l’avons essayee en partant avec un filtre a eau. Probleme : filtrer un litre d’eau demande bien une heure de pompage a la main (nous utilisons jusqu’a 10 litres par jour quand il fait particulierement chaud!), et surtout, l’entretien du filtre suppose un nettoyage regulier qui requiert lui-meme beaucoup d’eau… C’est le serpent qui se mord la queue! Et nous voila alors obliges d’acheter de l’eau en bouteilles plastiques…

Difficle egalement, tout au long de la route, de manger bio et local, comme nous le faisons chez nous. Des que possible, nous nous ravitaillons sur les marches pour les legumes, pates, riz. Mais avec la barriere de la langue, impossible de connaitre l’origine et la qualite des produits.  Et, meme la, les emballages sont omnipresents. Vendeurs et commercants restent toujours perplexes devant notre refus systematique de leurs sacs plastiques et autres emballages…

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Avouons-le, il nous est difficile de laisser de cote toutes nos habitudes alimentaires pendant un si long voyage. La soupe de nouilles au porc le matin au petit-dejeuner, c’est pas vraiment notre tasse de the! Et nous voila regulierement en quete (parfois vaine!) de pain et de confiture (souvent importee) dans des pays dont ces produits ne font pas partie des traditions alimentaires… Sans parler des jours ou l’on craque pour une tablette de chocolat « made in France » au prix exorbitant par rapport au niveau de vie local!

Et une fois repus d’un bon repas, se pose le probleme des poubelles. Finis pour nous le tri et le compost cette annee… Certains pays n’ont aucune infrastructure pour le traitement des dechets, et il nous arrive souvent de trimballer nos poubelles pendant des heures avant de trouver un endroit ou les deposer… Ce qui n’empeche pas qu’elles finissent parfois jetees dans la nature « a l’insu de notre plein gre »! Exemple vecu : le matin au depart d’un bivouac, nous laissons notre sac poubelle a un habitant qui nous dit s’en occuper. A peine avons-nous enfourche nos velos que nous le voyons jeter le sac dans un talus derriere chez lui!..

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Etre ou ne pas etre… connectes! Voila un autre aspect du voyage auquel il est difficile d’echapper. Nous sommes partis sans rien, si ce n’est un tres vieux telephone portable, une balise GPS de securite et quelques cartes routieres. Jusqu’en Chine, nous nous connections a internet dans des cybercafes pour envoyer des nouvelles, alimenter le site web et rechercher de temps a autre les informations necessaires sur le parcours et les visas. Souci : pour peu qu’ils existent encore, les lieux d’acces a internet ne sont plus des cyber cafes classiques mais plutot des salles de jeux, ou des gamins, et parfois des adultes, s’excitent a tirer virtuellement les uns sur les autres a travers des ecrans, dans des lieux confines et souvent enfumes. Tout un programme… Arrives en Chine, les choses se compliquent car la censure sevit : les cybercafes sont souvent interdits aux etrangers et, en plus, impossible d’acceder a un grand nombre de sites, dont nos messageries. Encore une fois, on mange notre chapeau et on finit par acheter une tablette qui alourdit notre bilan carbone et nous rend addictes au GPS  et autres!…

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Cote transport, difficile de tout faire a velo! La duree des visas et les variations climatiques nous obligent a utiliser des transports en commun. Traverser le Turkmenistan en 5 jours, la Chine en 3 mois ou la Russie en 30 jours, c’est pour nous mission impossible! Alors on embarque parfois dans des trains ou des bus pour gagner du temps et des kilometres. On epargne nos mollets, mais pas toujours nos velos…

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Et surtout, tout est plus facile quand on voyage par avion. Certains visas peuvent etre obtenus directement aux aeroports internationaux mais pas aux frontieres terrestres (Iran, Russie…). Pour d’autres, il nous est demande de fournir des billets d’avion allers-retours (Chine), ce que nous n’avons evidemment pas! Les marginaux qui veulent voyager a velo et passer par les frontieres terrestres ne rentrent pas dans les cases et ne sont pas forcement vus d’un bon oeil… Aussi, un voyage comme le notre c’est tout un tas de formalites administratives qui demandent de s’organiser en amont, de rechercher des informations sur le net, de maitriser l’anglais, de prevoir des temps de pause dans des grandes villes pour les demandes de visa aupres des differentes ambassades. Le dernier en date, Phnom Penh, capitale du Cambodge, pour une demande de visa russe. Pourquoi un visa russe? Parce que nous tenons a ne pas utiliser d’avion, trop emetteur de CO2. Nous avons donc decide de rentrer en train depuis le sud de la Chine, pour eviter les rigueurs de l’hiver.

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Mais le retour en train, c’est pas le train-train… Nous avons l’intention remonter sur nos velos a Prague en Republique tcheque, apres un passage par Pekin et Moscou, ce qui nous demande un visa chinois, un visa russe et meme un visa bielorusse! Et oui, traverser la Bielorussie en une nuit par le train nous oblige tout de meme a faire une demande de visa de transit pour ce pays et a se delester de 20€ par personne! Mais surtout, surprise, nos velos ne pourront pas voyager a nos cotes sur le rail, pour des raisons de logistique ferroviaire sino-russes que nous ne comprenons pas… Eux, malheureusement, risquent de voyager par les airs par le biais d’une compagnie de transport! Apres les chapeaux, on avale des couleuvres…

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Conclusion, nous essaierons a l’arrivee de faire le bilan carbone precis de ce voyage, mais il sera sans doute bien plus lourd que l’on ne l’avait imagine…

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helene

17 commentaires

  1. Que de courage, la nourriture, le milieu ambiant, les paperasses !! De biens belles photos qui nous montrent bien la vie dans ces pays, loin de ce que les médias peuvent nous montrer.

    Je vous admire, prenez bien soin de vous.

    Une mamie à Lyon.
    Jocelyne

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  2. Au fait nous avons un ami « Sonny » qui roule au LAOS en ce moment « sonnyswanenberg@hotmail.com » pour quelques mois.

    A+
    Fred

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  3. Hello,

    Ne vous inquiétez pas ! La cop 21 gère…..votre bilan carbone sera faible ! si vous étiez resté ici vous auriez travaillé et consommé un max en allant manifester…..Donc pédalez encore !
    Ici ça fond mais la Trans résiste Corbière – Base- Corbière….pour quelques élus !
    Je pense à vous et vos sourires nous manquent.
    Amitié Fred

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  4. Et vous pensiez quoi, avant de partir, que ça n’allait être qu’un long fleuve tranquille ?
    Seule la raison de votre voyage a de l’importance et prime sur tout le reste; et cette raison vaut tous les bilans carbone du monde.
    Pensez – y et pédalez !!
    Vous êtes les meilleurs et vous allez y arriver !!

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  5. Eglantine

    Bonsoir

    Merci pour cet article, on voit que ce n’est pas toujours facile de s’alimenter, vous avez été très courageux.
    Je vous souhaite une bonne route, et bon courage pour la suite.

    Eglantine

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  6. Alain et Michèle

    Encore merçi à tous les deux pour ces merveilleuses photos, pour le rêve et le bonheur de vous suivre.
    Que votre fin de parcours se passe bien, courage pour les paperasses et prenez grand soin de vous deux.
    A bientôt de vous voir pour nous parler de cette belle aventure.
    Nous vous embrassons

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  7. Restez motivés ! bravo, le but de ce circuit est tellement grand ! je suis admirative pour vous et Caroline. bon courage et bonne route. Le meilleur pour vous pour l’année 2016.
    Jeaninou

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  8. J’aime beaucoup ce dernier article, comme toujours le regard est aiguisé, et l’expérience vient confirmer.
    Sans vouloir polémiquer, est-ce que l’économie mondiale ne nous tiendrait pas un peu par les c……. ?

    Voila de belles discutions avenir !

    A très bientôt, j’espère pouvoir faire un bout de chemin à vélo avec vous.

    Pas de soucis je vous attendrais ! Je vous sent un peu juste au niveau entraînement…

    Bises.

    Laurens.

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  9. CouCou,
    En effet tout votre récit peut nous montrer que le « grand gana  » des finances planétaire arrive a bien contaminer tout les lieux.
    Vous tracassez pas vous en faite déjà beaucoup ce qui me laisse une grande marge de progression pour atteindre votre niveau de conscience , mais je n’abandonne pas.
    Pour le moment je suis a Névache et pour me connecter c’est pas facile,mais j’espère bien pouvoir vous accompagner sur les derniers jour si je ne suis pas cuit par la saison.
    je pense bien a vous
    Courage pour les épreuves administratives.
    Des bisous
    Et on perd pas la bonne humeur,meur,meur.
    Gillou

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  10. Toutes ces difficultés j ‘y ai souvent pensé ,heureusement vous y faites face et l ‘une après l ‘autre les choses s ‘arrangent Voici la dernière partie de ce long périple , j ‘espère que tout ira bien jusqu ‘au retour à Champoléon . En attendant bon courage ,bonne route ,mes plus affectueuses pensées Mamy

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  11. Salut Hélène et Stéphane. On a bien reçu votre carte. Pour votre bilan carbone ; ne vous en faites pas ; personne ne vous demande des comptes et il n’y a pas lieu de vous justifier. Tiens, je suppose même qu’en un an vous avez autant pollué qu’un américain en trois jours ! Il faut RELATIVISER ! Et puis les gens éclairés culpabilisent trop vite ! Alors on se calme ! On commence à surveiller le Col du Noyer pour voir si la poussière poudroie, l’herbe verdoie et si des petits niveaux de pollueurs arrivoient…
    Grosses bises.
    Jean-Pierre Crépet

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  12. Bonjour,

    Nous avons apprécié votre politique écologique. Nous comprenons aussi que vous avez rencontré beaucoup de problèmes pour vous nourrir. Vos problèmes de connections nous font comprendre vos retards de messagerie.(Mes élèves commençaient à s’inquiéter de ne pas avoir de vos nouvelles.)

    Nous vous souhaitons un bon retour vers la France et nous continuerons à vous suivre sur le site.

    A bientôt

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  13. Je suis toujours admirative sur votre parcours extraordinaire . Quelle belle aventure ! Les photos sont formidables .
    Bien â vous et avec vous sur la carte….bon courage . Bises
    Denise

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  14. C’est dommage que vous ayez du mal à voyager mais cela vous permet de voir des paysages que vous n’avez peut être jamais vu!En tout cas,sa me fait très plaisir de voir votre aventure et tout ce que vous aviez fait juste à velo(et en bateau à cause des mers a traverser)est juste incroyable!Enfin,bonne continuation et bonne chance

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  15. Oui tout n’est pas facile en effet..que de tracas administratifs..Courage mes lupiots.Gros bisous

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  16. Bon,je vois que tout n »est pas simple,ce dont je me doutais d’ailleurs mais vous allez vous en sortir de ces tracas administratifs!!!!!!Je vous souhaite beaucoup ce courage pour affronter l’hiver dans ces contrées car en Provence il est arrivé et ce soir il ne fait pas chaud du tout!!!!J’espère que vous passerez au travers des rhumes,grippes ,gastros et autres réjouissances de cette saison;

    Courage pour la suite,prenez soin de vous. Bisous à vous deux.
    Marinette

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