Retour sur le break en Pays basque

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Oui, ça fait du bien de bouger un peu. Je suis devenue un Personne à Mobilité Réduite (communément dites PMR) et bouger, s’aérer, faire un voyage, n’a rien de simple. Cette première véritable escapade depuis l’accident m’a mise en face des réalités. Il y a un paquet de trucs que je ne peux plus faire. La seule solution est désormais d’accepter cette réduction du champ des possibles. L’accepter, ce serait aussi y voir un, ou des points positifs. Que fait un aveugle ? Il développe son ouïe, son odorat. Il ou elle perçoit souvent des sons, des odeurs, que nous ne percevons pas, ou bien de manière différée, et souvent amoindrie. Son sens du toucher est aussi bien plus aiguisé. J’ai repensé à ces savoirs communs lorsque je n’ai pas voulu pleurer de ce qu’entraîne ma nouvelle condition. Je ne veux pas que mon handicap me condamne à vivre comme avec des oeillères. Ou bien si elles doivent être, je veux qu’elles me permettent de voir bien mieux ce que j’ai en face de moi que je ne l’aurais fait avant.

Ce n’est pas facile à mettre en oeuvre car le handicap nous mange déjà beaucoup d’énergie. Errer en appréciant l’ambiance et ce qu’il y a autour, comme on peut apprécier un paysage, collé à une vitre de train… Terminé ! En mouvement, on se concentre en permanence sur tel ou tel effort en faisant attention à tel ou tel risque. Il ne faut pas faire d’écart, sinon c’est la chute. Et la chute, c’est l’arrêt net de l’avancée de la rééducation, le risque de perdre encore en réadaptation. L’énergie mise pour se transférer aux toilettes, pour se transférer sur une chaise, pour aller dans une voiture, ou même pour monter dans un bus… c’est de l’énergie que l’on n’aura pas lorsque l’on voudra voir… non, regarder, ce que le monde nous offre.

J’aime voyager, entre autres, parce que j’aime rencontrer des personnes différentes de moi en termes de culture et d’adaptation à son environnement spécifique, qu’il soit d’ordre naturel, psychique ou autre. C’est une des manières que j’ai choisie pour me connaitre moi-même. Chaque rencontre me renvoie à une partie de moi-même. Une présence extérieure, dissociée de moi, mais qui fait écho à une entité, elle, bien intérieure. C’est une sorte de jeu de miroir avec lequel j’ai beaucoup appris et avec lequel j’ai envie de continuer à apprendre.

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Mais aller vers l’autre comme je le faisais ne semble plus possible au jour d’aujourd’hui. Sans Pierre, je ne peux plus faire grand-chose. Deux tendinites à l’épaule gauche, cet été au sortir de l’hôpital, ont suffi à me convaincre que je ne pouvais pas pousser mon fauteuil bien longtemps, ni bien loin. Que même une ville occidentale développée et relativement accessible comme Lyon (bien mieux lotie que Paris ou Marseille en la matière) ne me permet pas de faire ce que je voudrais. Sortir boire un pot ? Sans Pierre, comment faire si les toilettes ne sont pas accessibles ? C’est lui qui me porte et me pose sur la lunette dans ces cas-là. Faire un dîner au restau entre amis ? Comment passer une marche trop haute qui se trouverait à l’entrée ? Même, aller tout court chez des amis ? Pareil, malheureusement. Prendre les transports en commun, aller au parc et se poser sur l’herbe pour avoir enfin un contact avec le sol, aller se baigner, sauter ce petit trottoir qui m’empêche d’aller voir un peu plus loin… Tant d’obstacles au quotidien que je passe si Pierre est là, plus difficilement en son absence, et encore, si j’ai le courage de me lancer.

Saint-Jean-de-Luz, Bayonne, Anglet, sont très accessibles. Ils ont une partie de la plage accessible aux handicapés avec Handi-plage. La conurbation avec ses lieux publics  et ses transports en commun sont aménagés pour les personnes en fauteuil. J’avais bien conscience de ces facilités, mais je n’ai pu m’empêcher de me sentir tellement limitée par rapport à avant l’accident.

Depuis la fin de l’hospitalisation complète, j’ai plusieurs fois eu cette désagréable sensation d’être comme un insecte rampant dans un monde d’humains, à ne pouvoir aller si vite, si loin, à être toute petite au milieu de grands bipèdes. Tout comme, plusieurs fois, j’ai eu l’impression d’être une géante qui ne trouvait pas sa place dans le tram, dans le passage d’une porte, ou tout simplement dans le salon de mes amis. Je crois bien qu’il faut que je relise Alice aux Pays des merveilles 😉

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caroline

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