Surprendre nos chers cyclos…

Fin novembre – début décembre 2015, Martine et Jean-Luc, les parents d’Hélène, m’appellent pour me dire : « Écoute, Hélène et Stéphane seront à Prague pour Pâques ; c’est sûr, ils ont leur billets, et on y sera aussi. Est-ce que ça te dit qu’on leur fasse la surprise que tu sois là aussi ? »
Moi pour un voyage, je suis toujours partante. Mais à l’époque, j’étais encore en hôpital de jour aux Massues et je ne savais pas du tout ce que je ferai à cette période de Pâques 2016. Bref, je réponds : « J’aimerais vous dire directement OUI, mais laissez-moi jusqu’à la mi-janvier, j’en saurai plus à ce moment-là sur la suite de ma rééducation ».
Fin décembre, début janvier, il s’est passé ce que vous avez lu dans mes mes posts précédents, mais je n’ai pas voulu m’embourber dans ces soucis de rééducation pas assurée, et je me suis dit « vaille que vaille, on y va ! »
Sauf que moi, je fais pas un aller-retour en avion pour un week-end touristique de trois jours. C’est pas trop dans mes convictions écologiques, et encore moins dans ma manière de voyager. Donc, j’achète pour Pierre et moi, un aller pour Budapest, et un retour de Berlin. Entre les deux, deux semaines et demi pour découvrir ou redécouvrir cinq villes ; et des déplacements en train pour aller de Budapest à Bratislava, de Bratislava à Vienne, de Vienne à Prague, et de Prague à Berlin.

01 Enfin on s'envole

Tout ce manège là me permet de faire d’une pierre quatre coups !
Un, je vais découvrir Budapest, Bratislava et Prague pour la première fois, et je vais retrouver Vienne et Berlin. Pierre ne connaît que Berlin où il a vécu quelques mois – mais c’était avant la chute du mur !
Deux, à Vienne, je vais voir ma grande amie Doris. On se connaît depuis qu’on a une vingtaine d’années, et elle fait partie de mon petit cercle. Quand elle a appris pour mon accident, elle a posé une semaine et est venue me voir. C’était au tout début, j’étais encore à Lyon-Sud, et je lui ai promis que lorsque je serais capable de rebouger un peu, je viendrais la voir à Vienne.
Trois, surprise à Hélène et Stéphane à Prague – le clou du voyage. Les parents d’Hélène seront donc là, mais nos cyclos ne s’attendent pas du tout à me voir avec Pierre. J’y vais avec les prothèses de mes rêves que j’ai obtenues en prêt juste avant de partir (des fois, il y a des hasards chanceux). Qu’ils me voient debout est, je pense, la plus belle surprise que je puisse leur faire.
Quatre, à Berlin, il y a mes amis Kassian, Filip, et puis Liuliu. Ces deux premiers lascars sont des amis depuis l’époque où je vivais en Chine. Ensemble, on refaisait le monde pendant des heures et on sillonnait Shanghai dans tous les sens. Tous les trois, nous sommes restés en contact malgré la distance. Ils ont fait partie des personnes que Pierre a appelées lors de l’accident. Et eux aussi, ils ont pris leurs billets pour venir me voir. Bien sûr, je leur ai fait la même promesse qu’à Doris. Liuliu était ma prof de chinois lorsque j’avais décidé de m’y remettre un peu en 2012, nous avons gardé contact aussi.

Nos retrouvailles avec Hélène et Stéph à Prague ont été d’une intense chaleur. C’est presque indescriptible comme sentiment – se retrouver une année après tant d’aventures. Nous avions tant à nous dire… mais j’avoue que je préférais les écouter nous conter leurs tribulations, regarder les photos, et les voir si bien tout simplement. Ce n’était que du bonheur. Pareillement pour Doris, Filip, Kassian et Liuliu – passer ces bons moment ensemble rattrape un peu des galères du quotidien d’une double amputée fémorale.

06 Au hasard dans Prague

Mais ce voyage est aussi le véritable premier depuis l’accident. Ce fut dur, je ne vous le cache pas, et les crises de nerfs ont été nombreuses. J’ai aussi dû faire un autre deuil auquel je ne m’attendais pas : celui de la photographie. Telle que je la pratiquais auparavant, elle m’est devenu impossible : pas la possibilité de me placer, ou tout simplement pas le temps – la photo est déjà passé. Outre les difficultés de nos déplacements, ou la non-accessibilité de lieux que nous aurions aimé visiter, il fallait accuser le coup lorsqu’un hôtel se disait accessible en considérant seulement qu’il n’y a pas de marche pour aller à la chambre. Les toilettes où l’on peut rentrer avec le fauteuil et faire son transfert grâce à une barre, ils ne connaissent pas. Prendre une douche ? Ah ben, c’est pas simple quand on a à faire à une baignoire. Mais il faut bien avancer et commencer quelque part si l’on veut faire la Route de la Soie dans ma condition. Et puis, j’ai pu saisir les possibilités que m’offriraient ces prothèses ; en même temps que l’ampleur du travail qu’il me reste pour pouvoir les maîtriser et les endurer sur le long terme.
Sans Pierre, encore une fois, rien de tout cela n’était possible. C’est lui qui me posait en pleine nuit sur les toilettes, lui qui s’arrangeait pour que je puisse tout de même prendre des douches, ou qui me portait lorsqu’il fallait passer des escaliers, sans compter qu’il m’accompagne toujours avec le fauteuil, et garde un oeil sur moi lorsque je suis sur les prothèses en cas de chute. Ces prothèses m’ont tout de même dépanné mille choses. Juste un exemple : en arrivant à Berlin et en voulant rejoindre notre hôtel, nous avons pris le S-Bahn. Arrivés sur le quai : ascenseur en panne. Aucune autre possibilité que de descendre les escaliers. J’ai pu le faire. Dans le sens de la montée, cela aurait été impossible et il aurait fallu une bonne âme bien musclée pour nous aider à me porter. Dépendance quand tu nous tiens :-/

Sur l’ensemble, et malgré toutes les difficultés, le positif gagne et je suis très heureuse d’avoir fait ce voyage qui nous a beaucoup appris à moi et à Pierre. Encore MERCI mon Amour pour ton indéfectible patience à mon égard !

02 Les hauteurs de Budapest accessibles

 

03 Les pavés en pentes de Bratislava

 

04 Pause à Bratislava

 

05 Vienne avec Doris

 

07 Tous les six, mais Martine part un peu avant

 

08 Pierre enfin à la Porte de Brandebourg

 

09 Berlin avec Liuliu et Yueyue

 

10 FCPK Le cercle des insoumis

caroline

7 commentaires

  1. MaMartinez

    Bonjour Caro,
    Je pense souvent à vous et c’est avec plaisir que j’ai lu votre récit.
    Vous êtes une personne que j’admire beaucoup et qui me fait revenir sur terre quand je me prends la tête pour des détails.
    Continuez bien votre route avec Pierre et au plaisir d’avoir des nouvelles.
    Vive la vie!!!

    Nathalie
    X

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  2. Moreau

    Bonjour Caro , je viens de voir votre message à l’arrivée de vos amis à Prague . Cela a été sûrement un grand moment .je vous suis par la pensée . Je vous embrasse
    Denise

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  3. Testut

    Bonsoir Caro,

    Je viens de lire ces lignes qui me laissent admirative. Tu sais trouver le positif sans t’emballer avec toujours beaucoup de réflexion. Quelle leçon de vie. Bravo à toi et à Pierre bien sûr.
    Je vous embrasse

    PS: j’ai été ravie de voir la bonne bouille du bébé de Junhong alias Liuliu

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  4. temsi samia

    salut caro c’est samia des massues je te suis je regarde de temps en temps ou tu en es ça va t’as toujours la peche bon courage à toi et bisous à pierre et mary garde le moral

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  5. Bonjour Caroline,

    Nous sommes tellement contents de lire le récit de ces aventures qui ne sont que les premières d’une longue série, nous en sommes sûrs !
    Quel bel exemple de courage et de persévérance.
    Et c’est génial de vous savoir aussi bien entourée par vos amis et par votre fantastique amoureux !

    On vous embrasse,

    Linda et Benoit

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  6. Chapeau bas et respect, Caroline !! Tu me donnes la patate !! MERCI !!
    Que faire après chacun de tes posts ? Et bien, rire, sourire, vivre quoi !!
    Et aller faire un footing en t’envoyant de belles pensées…
    Merci Caroline, merci Pierre
    Olivier

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